On appelle « musicologie comparée » la discipline scientifique qui traite de l'étude interculturelle de la musique et l’envisage sous toutes ses formes, à travers l'ensemble des cultures, de manière diachronique. Tout comme la linguistique comparée, sa cousine, la musicologie comparée vise à classer les musiques du monde en groupes stylistiques, à décrire la répartition géographique de ces styles, à mettre en lumière les tendances universelles des musiques à travers les cultures, et à comprendre les causes et les mécanismes qui sous-tendent l'évolution biologique et culturelle de la musique.

Ce champ d'investigation trouve ses racines dans la lignée de la théorie de la Gestalt, apparue en Allemagne à la fin du 19ème siècle dans le domaine de la psychologie, ainsi que dans les travaux de psychoacoustique qui lui sont contemporains. A l'origine de ce mouvement, on trouve l'Ecole de Berlin, qui comptait parmi ses membres fondateurs Carl Stumpf, Eric von Hornbostel, Curt Sachs et bien d'autres.

La première moitié du 20ème siècle a connu l'épanouissement de la musicologie comparée. Toutefois, au sortir de la deuxième guerre mondiale (et, en grande partie, à cause d'elle), l'intérêt pour cette approche comparative de la musique a subi une baisse significative. A sa place, une nouvelle discipline, l'ethnomusicologie, est apparue, qui se basait sur les paradigmes de l'anthropologie culturelle tels qu'ils existaient aux Etats-Unis. De manière générale, on peut dire que l'ethnomusicologie a délaissé les analyses comparatives au profit d'ethnographies monoculturelles s'appuyant principalement sur le travail de terrain. De plus, elle tend à se concentrer sur les caractéristiques non acoustiques de la musique, alors que la musicologie comparative met, quant à elle, l'accent sur ses caractéristiques formelles et acoustiques sans négliger pour autant son ancrage dans un contexte socio-religieux.

Sans se réclamer spécifiquement de la musicologie comparée, Alan Lomax et ses collègues ont, au cours des années '60, mis sur pied le projet dit « Cantometrics », il s'agissait, à l’époque, de la tentative la plus ambitieuse qui voulait réaliser une classification des musiques du monde et de dresser une cartographie globale des styles musicaux. A ces fins, Lomax et Victor Grauer ont développé une échelle de mesure, qui a constitué l’outil principal de la méthode cantométrique. Cependant, bien que ce projet ait constitué une étape scientifique majeure, il n'a converti qu'un faible nombre de chercheurs à sa méthode comparative.

Le moment est maintenant venu de remettre à l'honneur la musicologie comparée. Il ne faut pas voir là une tentative visant à détrôner l'ethnomusicologie ou la musicologie historique, mais plutôt la mise en avant d'un courant spécifique au sein de la musicologie. En effet, la musicologie comparée traite de toute une série de questions importantes depuis longtemps ignorées par beaucoup d’ethnomusicologues, telles que la classification musicale, la cartographie des styles musicaux, l'évolution culturelle de la musique, ses universeaux, son rôle en tant que marqueur migratoire, la répartition globale des styles musicaux, ainsi que l'évolution biologique de la musique.

Conçu comme un outil d'information destiné à faciliter la connaissance du champ de la musicologie comparée, qu'il s'agisse de son histoire, de la recherche qui y a trait, des ressources pertinentes disponibles, des chercheurs qui animent cette recherche ou encore des événements qui sont organisés autour d'elle, ce site web a été créé à l'initiative de Pat Savage (Tokyo University of the Arts, Japon) et Steven Brown (McMaster University, Canada).

 






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